Nous voulons tous collaborer avec les communautés pour faire progresser l’équité en santé — mais quels sont les obstacles ?

Par Gillian Kranias, Nexus Santé

« Nous parlons sans cesse d’équité et de collaboration, mais nous précisons rarement ce que nous voulons dire par là. »

Ce sont les mots de la Dre Patricia O’Campo et d’Amy Katz du Centre for Research on Inner City Health (CRICH). Récemment, les deux chercheuses ont eu la générosité d’animer, avec  Nexus Santé, un dialogue concentré sur les obstacles à la collaboration entre les communautés et les organismes de santé. Quinze personnes ont pris part au dialogue — dix, en personne, cinq, en ligne.

J’étais enthousiaste : j’avais réservé une matinée pour échanger avec des pairs sur la recherche menée par le CRICH. Je travaille à soutenir la collaboration pour l’équité en santé, et certaines des tensions qui agissent sur ce travail avaient besoin d’être dégagées. Mon but était d’avoir une conversation profonde sur ce qui compte vraiment lorsqu’on collabore avec les communautés : de quelle position agir le plus efficacement pour entraîner des changements significatifs dans le système ?

Besoin de changer les relations de pouvoir avec les parties prenantes

L’an dernier, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a demandé à la Dre O’Campo et à son équipe de recherche : Quelle est la meilleure façon de rassembler les divers intéressés pour qu’ils collaborent à l’équité en santé dans les milieux urbains. Une fois que le CRICH a défini la terminologie (p. ex., la collaboration) et pris connaissance d’une partie de la documentation (plus précisément les travaux de la Commission mandatée par l’OMS sur les déterminants sociaux de la santé), un message clair s’est dessiné : « Il ne s’agit pas d’avoir de meilleures solutions techniques pour mobiliser les parties prenantes. Il s’agit de changer les relations de pouvoir. »

La ville de Naga City, aux Philippines, illustre comment la prise de décision en milieu urbain peut être modifiée pour inclure un éventail plus large d’intervenants. Pendant plusieurs années, les gens qui vivaient dans la pauvreté se sont organisés de façon indépendante par l’entremise de groupes communautaires, en misant sur l’accès sécuritaire à l’habitation. Avec le temps, la ville a élu un maire progressiste, et le gouvernement municipal a formellement intégré les groupes communautaires à la prise de décisions, ce qui a marqué un virage notamment sur le plan de l’affectation des ressources.

Pour faire des changements, il faut aborder la question du pouvoir.

Dre Patricia O’Campo

Les travaux menés par Patricia O’Campo et Amy Katz ont mis à jour cette étude de cas et d’autres recherches qui remettent en question nos hypothèses selon lesquelles la collaboration avec de grandes institutions aide toujours les communautés en quête d’équité. Comme le fait observer Amy Katz, quand on demande aux travailleurs de première ligne de fournir des solutions techniques à des problèmes politiques (p. ex., « de meilleurs » mécanismes pour mobiliser les parties prenantes), « nous nous retrouvons souvent avec la responsabilité à la fois de favoriser un programme néo-libéral et d’en atténuer les conséquences. »

Comment un processus collaboratif peut-il changer les relations de pouvoir?

Récits partagés

  • Josina (CAMH) a utilisé l’échelle de participation d’Arnstein (anglais) pour voir comment les partenaires percevaient le but de leurs activités communes. Quand les groupes de militants pour l’équité ont inscrit leurs points plus bas dans l’échelle, on a dû faire une réflexion importante sur ce qui se passait, en dépit des meilleures intentions.
  • Dans ses recherches communautaires, Pat (CRICH) laisse le partenaire communautaire « détenir tout l’argent ». Même si certains organismes subventionnaires s’y opposent, elle a constaté que cela change la dynamique pour le partenaire.
  • Comme membre de l’équipe d’un centre de santé communautaire, Gillian encourageait les groupes locaux à définir et à publier leurs propres « priorités communautaires » dans le cadre d’un projet de revitalisation du logement social. Leur document est devenu un ouvrage de référence pour « coter » les projets de réaménagement et pour négocier avec les fonctionnaires.

Dans la foulée de leurs recherches axées sur les solutions, la Dre O’Campo et Amy Katz ont redirigé leurs efforts pour analyser les conditions propices à la collaboration qui soutiennent le mieux l’équité en santé.

Ces recherches font ressortir certains prérequis pour une collaboration fructueuse au niveau municipal :

  • La présence de groupes communautaires indépendants et progressistes ayant suffisamment de ressources (p. ex., des fonds pour des avocats, des organisateurs communautaires, etc.) pour influencer sur un processus donné (Arnstein, 1968).
  • Des groupes communautaires qui collaborent les uns avec les autres ou ont formé un groupe de coordination officiel, comme ce fut le cas à Naga City (Pithouse, 2008; Santos BdS, 1998; Avritzer L., 2013).
  • Des partis politiques au pouvoir en tous points non conservateurs et qui sont ouverts à collaborer avec des groupes communautaires indépendants (Souza, 2006).

À la lumière de ces constats, les chercheuses ont trouvé des implications naissantes pour les grandes organisations et municipalités désirant former des partenariats pour faire avancer l’équité en santé.

  1. Soyez précis quant à vos motivations, intentions et limites ou celles de votre organisme.
  2. Soyez transparent quand vous parlez de la structure de votre processus commun.
  3. Dirigez les ressources vers les groupes communautaires sans dicter leur programme. Il peut s’agir de financement, d’espace, de nourriture saine, de services de garde d’enfants, d’animation de rencontres, de transport, d’impression, de services juridiques, d’interprétation simultanée, de bureaux, d’ordinateurs et d’administration fiduciaire.

Qu’est-ce que cela signifie pour notre pratique?

Réunis en petits groupes, les participants au dialogue ont cerné certaines des implications que les découvertes du CRIHC ont sur notre travail de collaboration :

  • Parler honnêtement de la raison pour laquelle chacun de nous est là. Énumérer toutes les raisons. Reconnaître les différentes positions de pouvoir social et d’accès aux ressources parmi les gens réunis.
  • Se demander : « Comment faire moins de tort? ». Se donner temps pour y réfléchir.
  • Tirer profit de la rétroaction critique. Utiliser tous les inconforts liés à nos positions privilégiées pour susciter des changements positifs à la façon dont nous travaillons.
  • Trouver des façons de rémunérer les gens pour leur participation. Réfléchir au fait que tous devraient être payés équitablement.
  • Enfreindre les règles, dans l’esprit du financement. Faire ce qui est nécessaire.
  • Intégrer une culture de consensus au sein de nos partenariats, c’est-à-dire un consentement éclairé, exercé sans coercition.

Ma liste personnelle de vérification pour le travail de collaboration

À la suite de ce dialogue, je guide maintenant mon travail de collaboration en me posant les questions suivantes :

  • Qui est ce « nous » qui réunit les gens? L’animateur dirige la dynamique.
  • Chacun a-t-il une voix équitable à la prise de décisions exécutoires? La modification des structures de gouvernance est un point clé.
  • Quelles sont les limites de ce processus? La réflexion critique et la communication honnête mènent à l’équité.

J’ai l’intention de m’exercer à poser des questions et à parler plus franchement de ces points clés. Rappelez-le-moi, si j’oublie !

Le Centre for Research on Inner City Health (CRICH) et l’équité en santé

Comme l’a noté la Dre O’Campo, la plupart des travaux de recherche sur l’équité en santé décrivent le problème, mais moins de 1 % envisagent des solutions. Le CRICH s’attache à trouver et à partager des données sur les solutions aux problèmes d’équité. C’est une ressource incroyable pour ceux d’entre nous qui veulent faire ce qu’il faut pour soutenir l’équité en santé – afin de comprendre les voies à emprunter, créer des forums pour réfléchir aux résultats de recherche et les intégrer dans notre propre travail pour trouver des solutions.

Pour vous joindre à la liste de distribution sur le transfert des connaissances du CRICH (en anglais), veuillez écrire à l’adresse suivante : crichlist@smh.ca