Se débrancher, pour sa santé

Vous entendez un « ping ! » qui vous avertit qu’un texto vient d’entrer. Vous avez un voyant lumineux vous annonçant que quelqu’un a commenté votre page Facebook. Vous vous reconnaissez ? Est-ce que cela vous angoisse ? Mais surtout, sentez-vous le besoin d’y apporter votre attention immédiate ? Si oui, vous souffrez peut-être d’un phénomène qu’on appelle « l’attention partielle continue »[1], un état d’esprit où vous êtes continuellement en « demi » présence, n’accordant toujours quune partie de votre attention au moment présent. Et cela, comme vous vous en doutez déjà en lisant ces quelques lignes, vous coûte cher au niveau de votre santé.

S’épuiser, à force d’être alerté

Nous sommes près de 30 millions d’usagers de téléphones cellulaires[2] au pays, que nous appelons communément désormais « téléphones intelligents ». Mais en vérité, cet appareil est un ordinateur portable miniaturisé. Il constitue notre lien avec le monde extérieur.

Sans notre portable, que nous tenons de plus en plus en permanence (ou presque) dans notre main, nous nous sentons maintenant complètement déconnectés, voire dysfonctionnels.

« iDisorder »[3] ou le malaise de la technologie

Un psychologue de recherche américain émérite, le Dr Larry Rosen, a beaucoup étudié la question et il conclut que si l’on ne prend pas des répits momentanés de ce petit appareil, notamment de ses alertes (Twitter, FaceBook Messenger, Instagram, textos et courriels par exemple), nous érodons tranquillement notre santé mentale et physique à petits coups. Et en bout de piste, nous risquons l’épuisement total. Dr Larry Rosen a remarqué que notre réaction « pavlovienne » d’où le besoin de savoir instantanément d’où provient l’alerte numérique et la nécessité aussi que nous ressentons d’y réagir immédiatement, nous place dans un état de stimuli sans arrêt. Plusieurs vont même jusqu’à dormir avec leur téléphone pour ne rien manquer… Les résultats sont dévastateurs : nos hormones liées au stress et à l’anxiété sont toujours « activées », toujours en alerte, le cerveau recevant continuellement du stimulus. Ceci dérègle les neurotransmetteurs qui gèrent notre corps et son fonctionnement. Concrètement, nous devenons fatigués, anxieux, distraits et nos idées deviennent de plus en plus embrouillées.

Coupez le fil

Éloignés de notre appareil, nous souffrons de ne pas savoir ce qui se passe. Alertés continuellement, nous souffrons. Alors où se situe le juste milieu ? Quelle est la réponse ? Le Dr Rosen insiste sur le besoin d’y aller en douceur. Pas question de se forcer en « sabbatique numérique total » ou de faire une « désintox technologique ». Suffirait de s’en détacher momentanément. On peut penser par exemple à des familles qui dédient une journée par semaine sans technologie. Ou encore, de réutiliser le portable véritablement comme un téléphone, c’est-à-dire, d’éteindre les alertes (le plus d’entre elles possible) et se discipliner pour en venir à le vérifier qu’une fois l’heure par exemple. Nous remarquons dans cette suggestion une façon de reprendre le contrôle de sa technologie — pour qu’elle nous serve au lieu d’en être esclave…

Déjà en 2005, on constatait que 46 % des élèves de 5e secondaire ont un téléphone cellulaire et que parmi les jeunes qui ont un appareil, 56 % ont la messagerie texte.[4] Et il y a déjà 10 ans de ça. On peut croire que ces chiffres ont augmenté de beaucoup depuis. Qui aurait cru qu’un gadget qui devait nous simplifier la vie pourrait en revanche nous nuire autant ? Il suffit, comme dans tout, d’atteindre un équilibre. Parfois, couper le fil, ça fait du bien…



[1] Selon l’auteure et conférencière américaine Linda Stone, consultante qui étudie la physiologie de notre relation avec la technologie, voir The Attention Project sur http://lindastone.net/about/

[3] Un des nombreux livres du chercheur et professeur américain Dr. Larry Rosen sur la technologie et ses effets sur notre santé. À consulter également, si le sujet vous intéresse : Me, MySpace and I, The Distracted Mind, ReWired, TechnoStress.

[4] Selon un sondage de Réseau Éducation-Médias, 2005 rapporté sur le site d’Industrie Canada.